Article de Benoit Anciaux sur Jean Paul Nozière
paru dans la rubrique "portrait d'auteur"
de la revue Ados-Livres

L'Histoire... et la Géographie
Jean-Paul Nozière voit le jour en plein milieu de la seconde guerre mondiale, dans un village du Jura appelé Monay. Et c'est non loin de là, à Rahon, près de Dole, qu'il passe son enfance avec ses parents et son frère aîné. Son père et sa mère y exercent, en effet, leur métier d'instituteur.
A proximité du village de Rahon coulent la Loue et le Doubs. On les retrouve, à plusieurs reprises, sous forme romancée ou non, dans les romans de Nozière. Un signe qui ne trompe pas et montre toute l'importance des deux rivières aux yeux de l'auteur. Autre lieu marquant: le camp de déportation de Struthof, situé en Alsace. L'enfant le visite à l'âge de 10 ans et, aujourd'hui encore, ce moment intense reste gravé dans sa mémoire.
Après le Collège, suivant la même voie que ses parents, Jean-Paul Nozière effectue, d'abord, des études secondaires à l'École Normale d'instituteurs de Dijon. Ensuite, il réussit une licence d'Histoire-Géographie en Faculté de lettres, toujours dans la capitale de la Bourgogne avant d'obtenir un Diplôme d'Études Supérieures d'Histoire. Pendant près de dix ans, il enseigne l'histoire et la géographie avant d'être documentaliste dans un collège durant 27 ans.
Jean-Paul Nozière est marié, père d'une fille et deux fois grand-père.

 

Tout au long de la route
C'est au tout début des années 80 que Jean-Paul Nozière commence à écrire... des romans. Ce genre lui convient, dit-il, parce qu'il s'y sent libre. Quand il commence une histoire, il ne sait ni où elle va le conduire ni où elle va s'arrêter. Il ne sait pas non plus si elle aura 40 pages ou 300. Il se laisse guider par son imaginaire, utilise le vocabulaire qui lui plaît et le ton qui lui vient sous la plume.
S'il n'affiche ouvertement aucun « projet d'écriture », Jean-Paul Nozière n'est pas dupe, cependant. Il sait que son « oeuvre » parle de lui-même, de son adolescence surtout. Qu'il la raconte en la romançant peu ou prou, qu'il la livre telle quelle, elle est là, bien présente, quand il écrit. Ceux qui connaissent bien « ses oeuvres » savent, d'ailleurs, qu'inévitablement, il revient toujours sur les mêmes routes, qu'il remet constamment ses pas dans les mêmes pas, qu'il décrit ses contemporains, leurs misères, leurs doutes et leurs angoisses, avec une force constamment renouvelée.
Sans « intellectualiser » sa démarche, Nozière constate donc qu'une cohérence traverse son travail d'auteur. C'est ainsi. Il n'en peut rien et ne la renie pas.

 

Un camp en Alsace
Son premier texte, il l'adresse en 1980, par la poste, aux éditeurs. Depuis lors, il fonctionne toujours de cette manière. Il ne travaille jamais sur commande, sauf quand il s'agit d'écrire des nouvelles, parce que ce genre romanesque correspond moins à ses envies que le roman. Même les textes-témoignages publiés en 2004 et 2005 dans la collection « Confessions » de La Martinière Jeunesse répondent, en priorité, à un désir profondément enfoui en lui depuis toujours: parler de son enfance de «pisse au lit».
Et puis, il y a ses sources d'inspiration que Jean-Paul Nozière puise un peu partout: « Chaque livre, écrit-il, a son histoire, sa raison d'être écrit, donc son 'inspiration'. Alors.. .ça peut être ma visite au Struthof qui m'amène à écrire La chanson de Hannah; un fait divers découpé dans un journal en 1995 qui me conduit à publier en 2001 Week-end mortel; la rencontre avec une lectrice de 15 ans m'engueulant 'parce que les écrivains ne parlent jamais de conflits sociaux et de l'engagement d'adolescents dans ces conflits parce que leur famille y est plongée jusqu'au cou', qui me pousse à écrire La vie comme Elva à paraître chez Thierry Magnier en novembre 2005; mon pipi au lit qui me fait régurgiter mon enfance de 6 à 15 ans, etc., etc. ».

 

Longtemps devant l'ordinateur
Jean-Paul Nozière écrit, d'abord, sur un cahier. Le premier jet. A raison de quatre heures par jour, deux le matin et deux l'après-midi. Jamais plus de 4 pages mais, chaque jour, pour ne pas perdre l'atmosphère dans laquelle il baigne. Une fois l' « histoire » terminée, il se plonge dans la réécriture. Enfin... Cette activité, qu'il pratique parfois avec frénésie - il peut rester alors une journée entière devant son ordinateur -, lui apparaît, avant tout, comme un somptueux régal: « Mon vrai plaisir est là: écrire plutôt qu'inventer une histoire ».
On le voit, Jean-Paul Nozière se sent plus « écrivain » que « raconteur d'histoires ». Il incarne, dès lors, un courant longtemps minoritaire dans le monde de la littérature française pour adolescents mais qui, peu à peu, fait son chemin. Sous prétexte que les jeunes se moqueraient éperdument de l'écriture - ce qui est assez faux-, l'histoire a toujours été considérée comme l'essentiel dans les textes destinés aux ados. Une logique discutable que le talent de Jean-Paul Nozière et d'autres grands auteurs parviennent, enfin !, à mettre à mal aujourd'hui.

Benoit ANCIAUX
(Revue Ado-livres n°15)

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