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Les questions que vous ne vous posez peut-être pas, mais auxquelles je réponds quand même.

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- Vous n'êtes qu'écrivain ?

Aujourd’hui, oui. Mais jusqu’en 2003, j’ai exercé la profession de documentaliste dans un collège, après avoir été professeur d’histoire géographie pendant une dizaine d’années. Mener deux professions de front n’a pas été toujours facile. J’ai écrit mes romans en travaillant trois jours et demi par semaine (les trois autres jours et demi, j’étais documentaliste !) et durant les vacances. Ce qui signifiait que je n’allais pas dans les salons du livre, que j’acceptais peu d’invitations à rencontrer des lecteurs…et j’en accepte toujours peu (12 fois par an), que je n’allais jamais chez les éditeurs, jamais à aucune « cérémonie » d’aucune sorte, bref que je restais planqué dans ma campagne, à écrire, ce qui me convenait et me convient toujours fort bien. Écrire mes romans est ce qui m’intéresse. Le reste est toujours moins passionnant.
J’aurais pu, comme d’autres auteurs l’ont fait, choisir de ne pas exercer un autre métier. Mais j’ai toujours repoussé ce choix, si tentant. Avoir un salaire (celui de l’éducation nationale) me donnait une totale liberté d’écriture. J’écris ce que je veux, comme je le veux. Je peux me permettre de refuser toutes les commandes, si je le souhaite. Aucun éditeur ne retouche mon texte (sauf propositions de légères corrections…voir plus loin) et je refuse de retoucher un texte selon des indications d’éditeurs si je pense qu’il est bon.
N’étant plus documentaliste, je peux travailler 7 jours sur 7. Le rêve ! Et je peux me déplacer davantage, découvrir des fêtes du livre, participer à des débats etc...etc…tout en choisissant encore de mettre le holà à ces activités annexes, quand elles risquent de me dévorer ou plutôt de dévorer mes livres.


- Vous avez des enfants ? Que pensent-ils de votre métier d’écrivain ?

J’ai une fille, Sophie, professeur d’anglais près de Dijon. Et deux adorables petites filles. L’une est encore trop petite pour avoir une opinion, mais l’aînée, lectrice boulimique, semble très fière de son papi ! Quant à Sophie…Il faudrait lui poser la question. Elle lit tous mes livres, me donne son avis. Aujourd’hui, elle me lit APRES parution. Quand Sophie était enfant, elle lisait le manuscrit. C’était ma première lectrice, suivie aussitôt par Lulu, mon épouse. Deux avis attendus avec angoisse.


 - Le premier livre édité ?

Il ne s’agissait pas d’un livre, mais d’une histoire publiée dans J’aime lire. J’avais envie de raconter(déjà !) un souvenir d’enfance : un vieux paysan, en retraite, avait conservé dans sa ferme son cheval de labour, compagnon d’une grande partie de sa vie. Mais le vieux monsieur, incapable de rester seul, devait partir à la ville, chez sa fille. Et le cheval, il allait devenir quoi, lui ? Je lui ai inventé un destin moins cruel que celui de la réalité.
Mon premier livre a été Le facteur à l’envers, paru en 1980 et qui existe toujours aujourd’hui, sous la forme d’un livre de lecture pour l’école primaire et sous le titre Le facteur tête en l’air(collection Ratus). J’évoquais, pour la première fois dans un bouquin, mon grand-père, facteur, avec lequel j’avais fait «les tournées» quand j’étais gosse. L’éditeur du livre à l’usage des écoles primaires m’a proposé d’écrire d’autres histoires bâties sur le même principe que Le facteur à l’envers. J’ai refusé. Mon grand-père apparaît encore, sous une forme très romancée, dans deux autres livres : Pépé Révolution et Pépé Verdun. J’ai aussi refusé d’écrire la suite de Pépé Révolution, ainsi que le souhaitait Magnard.


 - L’inspiration ?

C’est un mot auquel je ne crois guère. Il ressemble trop au mot « magie » or je n’ai pas de pouvoirs magiques, comme tant de lecteurs se l’imaginent.
Chaque roman a son point de départ, une raison qui me pousse à l’écrire…sinon, j’irais faire du vélo ! Je ne m’installe pas derrière mon bureau en me demandant « mais quelle histoire je pourrais bien écrire ? ». Une histoire naît peu à peu en moi et va grandir de façon consciente ou inconsciente. Elle devient progressivement une obsession et me pousse un jour derrière mon cahier à spirales : voilà ce que j’ai envie de raconter. Le déclenchement de cette histoire peut avoir des origines très diverses : sa propre enfance ou sa propre vie, la vie des autres, l’actualité, les rumeurs du monde, une conversation entendue, un faits divers etc…etc…Il faut donc prendre chaque roman et expliquer le pourquoi de ce texte. Impossible de le faire pour 50 titres ! Parfois, je me mets au travail des années après le grain de sable (ou le rocher !) du point de départ.


 - Vous faites des recherches ?

Non, ou alors pour vérifier des points de détail. Même pour mes romans « historiques » (Un été algérien, Le ville de Marseille, La chanson de Hannah), j’ai cherché peu de choses, connaissant bien l’Histoire évoquée. Mais c’est vrai que pour certains passages, je vérifiais, n’ayant pas droit à l’erreur. Mais puiser dans la réalité historique peut aussi conduire…à se retrouver nez à nez avec l’Histoire. Et c’est terrifiant ! J’explique ça quand je rencontre des lecteurs autour de Un été algérien. Le travail d’un romancier n’est ni celui d’un journaliste ni celui d’un auteur de livres documentaires ou de biographies. Dans le domaine du livre de jeunesse, je me méfie comme de la peste de ces romans qui empilent les connaissances que le lecteur est sommé d’ingurgiter parce qu’il doit « tirer profit de ses lectures !


- Connaissez vous le récit en entier quand vous commencez un roman ?

Oh non ! Et heureusement ! Je découvre mon histoire un peu de la même façon que vous lecteurs, vous allez la découvrir en lisant.
Bien sûr, au départ, j’ai une idée en tête…mais en cours de route, le récit bifurque, se choisit une direction et je n’y suis pas pour grand chose la plupart du temps. J’ai l’impression que mon histoire m’échappe.
Vous serez très surpris d’apprendre que quand je commence la page 36 (par exemple), je sais que je m’arrêterai à la page 38 (je n’écris pas plus de 2 pages à la fois, 2 le matin et 2 l’après-midi), mais je n’ai pas la plus petite idée de ce que j’écrirai à la page 39 et à la page 40 ! Je le découvre…après avoir posé mon stylo, parce que après avoir posé mon stylo, je saute sur mon vélo ou je fais autre chose et alléluia, la suite de mon récit a la gentillesse de s’installer dans ma tête. Je ne fais aucun plan. J’ignore comment mon roman se terminera (sauf pour La chanson de Hannah : là, dès la première ligne, je savais comment ça se terminerait).


 - Combien de temps pour écrire un livre ?

A mon avis, cette question que posent TOUS les lecteurs, qu’ils soient adolescents ou adultes, n’a aucun sens ! Un roman peut se mijoter pendant des années. Je reviens à Un été algérien. La guerre d’Algérie m’a marqué d’une façon telle et pour des raisons que je ne peux pas expliquer ici en quelques lignes, que dès son déclenchement le 1er novembre 1954, j’ai suivi le déroulement des événements presque d’une façon obsessionnelle. Il faut dire qu’à la maison, mes parents en parlaient énormément. En 1967, j’ai décidé d’aller vivre en Algérie parce que j’imaginais qu’ainsi je comprendrais mieux ce qui s’était passé. J’ai vécu deux ans à Sétif, là où se déroule Un été algérien et pas très loin de l’endroit où se situe Le ville de Marseille. C’était déjà 13 ans après la fin de la guerre, mais je n’ai écrit Un été algérien qu’en 1990 et Le ville de Marseille en 1996. Donc, « j’ai mis » 36 ans pour écrire le premier titre et 42 ans pour écrire le second.


- Vos loisirs ?

Les loisirs se réduisent très vite quand vous écrivez des romans et que vous exercez un autre métier ! ! Mais je ne pourrais pas me passer de mon vélo. J’en fais le plus souvent possible. Je ne pourrais pas me passer de lectures. Même si je me couche à 2h du matin, je lis quelques pages. Je ne pourrais pas me passer de cinéma…même si aujourd’hui, je vois plus souvent les films à la télévision que dans une salle de cinéma, hélas, faute de temps. J’ai traversé une époque de ma vie (quand j’étais étudiant) pendant laquelle le cinéma occupait une grande partie de mon temps ! Je me souviens de jours entiers passés au ciné : ainsi, à Annecy, toute l’œuvre de Claude Chabrol visionnée à la queue leu leu, soit des nuits sans sommeil et des discussions infinies avec le metteur en scène qui était présent. J’étais capable de parcourir des dizaines de km pour aller voir un film : ce fut le cas pour visionner la bataille d’Alger, de Pontecorvo, que les cinémas de Dijon refusaient de passer par crainte des manifestations.


- Écrire comment ? Où ?

Rien de plus simple. Un petit bureau. Un cahier à spirales (j’écris tous mes livres sur les mêmes cahiers à spirales que j’achète par trois à la fois), et avec le même stylo plume réservé à cet usage, puis un ordinateur. A cela ajouter un nombre assez grand de fiches de bristol qui m’accompagnent durant toute l’écriture du texte (de 20 à 100 fiches selon la longueur du roman), une provision de cartouches d’encre noire, et surtout, des tablettes de chocolat noir, sur l’étagère derrière moi, car je fonctionne au chocolat.



- Pourquoi écrire pour les jeunes ?

Parce que j’ai commencé ainsi, par hasard, du fait de la rencontre citée plus haut.
Mais ensuite…dans presque tous mes livres, j’évoque mon enfance, soit d’une façon très précise (Tu seras la risée du monde), soit de manière plus ou moins détournée, romancée etc... mais mon enfance est toujours présente. Comment parler de son enfance…sans mettre des enfants en scène ? Finalement, m’adresser aux adolescents d’aujourd’hui me paraît une évidence.
Mais…je m’intéresse à d’autres choses qu’à moi ! Alors, j’ai écrit des romans qui sont à la frontière des lectorats, comme on dit. Ainsi, Bye Bye Betty, paru dans une collection pour adolescents…alors que la collection Série Noire, chez Gallimard (collection pour adultes), voulait publier ce texte. Même chose pour Sabbat chez les ploucs qui a intéressé un éditeur adulte (Actes Sud) et un éditeur « pour » adolescents, en même temps…mais j’ai signé un contrat le lundi avec La Farandole (le roman est d’abord paru en 1993 sous le titre Soir d’été, appartement 3 B) quand la lettre d’Actes Sud est arrivée le vendredi ! Et Le ville de Marseille est-il un roman seulement réservé aux adolescents ? Et Maboul à zéro ? Et Un été algérien ?
Depuis 1995, j’écris des romans policiers pour adultes. Une façon de dériver davantage encore, loin de son enfance ? En tout cas, je me retrouve avec des romans qui figurent dans trois cases et j’adore ça, cette façon d’être partout et d’être nulle part, car je demeure convaincu qu’un bon roman doit être lu avec plaisir par tous les lecteurs disposant de la faculté de lire, évidemment. Oui, j’écris cette précision volontairement : je reconnais que mes romans ne sont pas faciles et si certains de mes « confrères » disent écrire pour les enfants qui ne savent pas lire, je confesse que j’écris pour des lecteurs qui savent lire, qui aiment lire et qui ne seront rebutés ni par la construction du roman, ni par son vocabulaire, ni par ses ambitions littéraires.


- Pourquoi tant de romans policiers ?

Pas tant que ça. C’est vrai que pour les adultes, je n’écris que des romans noirs ou des romans policiers. Mais pour les adolescents, ce genre ne représente que le quart des titres publiés. N’empêche que j’adore ça. Le roman policier fait partie de ma culture littéraire. D’abord, parce que papa en lisait beaucoup, même si il m’en interdisait la lecture. Je le vois, ouvrant les romans de Peter Cheyney, un anglais publié aux Presses de la Cité. Les jaquettes troublaient l’enfant que j’étais.J’ai lu mon premier roman policier en classe de 4è.
Quel choc ! C’était un roman de la Série Noire qui s’appelait "Rouge indélébile". Je ne savais même pas ce que signifiait indélébile, mais quelle révélation. Moi qui croyais que tous les livres étaient écrits comme les textes que je découvrais dans mes livres de classe ou comme les romans dont on me conseillait la lecture !Non, on pouvait donc inventer des histoires aussi abominables (là, un type découpe ses maîtresses en morceaux) et les écrire sans forcément employer le style d’un professeur de français ? Ma révélation m’a conduit à lire des centaines et des centaines de polars, particulièrement tout ce que publiait la Série Noire.
Bien évidemment, quand je me suis mis à écrire, je savais que j’écrirais des romans policiers. Et quelle joie a été la mienne quand mon premier « polar » pour adultes est paru…dans la Série Noire qui m’avait tenu compagnie pendant tant d’années.
L’écriture d’un policier est quelque chose de très difficile. C’est beaucoup plus difficile que l’écriture d’un roman classique. L’auteur n’a pas droit à l’erreur. Vous devez tenir tous les fils à la fois. Mais quelle jubilation quand vous réussissez à créer une atmosphère, à mener l’intrigue sans vous égarer, à vous prendre au jeu, etc…C’est une création très excitante et pas seulement parce que l’auteur dispose du droit de vie et de mort sur ses personnages!


 - Étiez-vous bon élève ?

Oui, excellent même. Souvent le premier de la classe. Lisez "Tu seras la risée du monde", mais aussi "Retour à Ithaque" et "Un été 58" et vous comprendrez pourquoi, du moins en partie. J’ai adoré faire des études. Quand je rencontre des lecteurs, je raconte pourquoi, mais il est impossible de dire ça en quelques lignes.


- Relisez-vous vos livres ?

Jamais. Sauf en cas de réédition, puisque je décide souvent d’améliorer le texte et pour ça, il faut relire.


- Vous lisez qui ? Quoi ?

Des romans pour 90% de mes lectures (oublions la presse !) et des romans américains ou anglais pour 80%. Je lis très peu d’auteurs français.


- Pourquoi autant d’éditeurs ?

C’est vrai que je suis un peu atypique dans « le métier » avec une bonne douzaine d’éditeurs figurant dans ma bibliographie !
Plusieurs raisons : d’abord, les hasards : un texte refusé ici, paraît là. Ensuite, j’écris pour les adultes et les adolescents, ce qui souvent implique des éditeurs différents. Ensuite, je fais exprès de ne pas adresser deux romans successifs au même éditeur : ne pas mettre les œufs dans le même panier ??? J’écris des textes très différents, aussi, donc cela conduit à s’adresser à des éditeurs différents, car celui auquel vous êtes habitué ne publie pas forcément le genre de roman que vous venez de terminer (un auteur publiant presque uniquement des romans historiques, par exemple, pourra frapper indéfiniment à la même porte qui publie des romans historiques).
Et reste la raison principale : je pense qu’en jeunesse publier uniquement chez un éditeur entraîne une forme de sclérose. Cet éditeur vous connaît. Il attend plus ou moins consciemment que vous reproduisiez le succès de votre précédent livre. Il a ses tics. Même si il s’en défend, il publie plus de choses qui se ressemblent (parfois camouflées sous des habillages différents) que de choses variées. C’est pourquoi une collection devient parfois étouffante. Or, je ne me sens jamais sûr de moi. Je me pose toujours la sempiternelle question : ce que tu viens d’écrire, ça vaut quelque chose ou ça ne vaut pas tripette ? Oui, mais si tu l’envoies à ton éditeur « habituel », il te publiera peut-être parce que c’est toi, que tes livres marchent, parce que c’est « sa ligne » d’édition, parce que les lecteurs de cet éditeur s’attendent à lire chez lui ça et pas autre chose etc…etc…Je me dis : si tu frappais à une autre porte, voudrait-on de toi ? Alors je vais frapper et si la réponse est « oui, on vous publie », je me sens rassuré. Là aussi on apprécie mon écriture ? Fabuleux ! Je saute sur ma bécane et vais faire 50 bornes en augmentant ma vitesse moyenne ! Changer d’éditeur est une bonne façon de progresser dans son écriture. Rester chez le même éditeur est une bonne façon de tourner en rond, de se répéter, tant dans le fond que dans la forme.
Une anecdote. J’ai adressé à Gallimard Ma chère Béa, mon premier roman policier pour adultes, sous un pseudonyme : Sitting Bull, suivi d’un numéro de téléphone. Ni nom, ni adresse. Je me disais : Gallimard me connaît, peut-être me lira-t-on seulement parce que je travaille dans la maison. Mais lira-t-on Sitting Bull ? Oui, on a lu Sitting Bull et Gallimard a téléphoné à la maison en disant « je voudrais parler à Sitting Bull !!! » et le roman est paru à la Série Noire.


- Quel est celui de vos livres que vous préférez ?

C’est un secret. Mon secret...


- D’autres questions ?

Il y en a une multitude d’autres que vous me posez lors des rencontres. Mais il est souvent impossible de répondre en peu de phrases. Alors, je m’arrêterai ici.
























































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