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| Pourquoi ce roman ? | |
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Cette question m’est souvent posée...
Beaucoup de lecteurs adolescents, mais aussi adultes, pensent qu’un auteur aborde des sujets au hasard,
en fonction de la mode, de l’intérêt supposé du lecteur, de la demande d’un éditeur, de l’attente des
lecteurs adultes empressés de combler « un manque » sur un thème…que sais-je ?
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| Un trésor d'embrouilles (Syros/Souris noire) | |
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Encore un article comme point de départ de ce roman policier (et récit d'aventures, en même temps). Je lis dans le journal Libération (mon quotidien depuis des années : publicité gratuite) du mercredi 5 janvier 2005 que trois amis trouvent en plongeant des pièces d'or romaines. Ceci se passe en 1985. Leur « chasse » au trésor se soldera par « la pêche » de 4000 pièces, d'une valeur colossale ! Avec, au final, pas mal d'ennuis. J'ai conservé cet article jusqu'en mai 2007, soit plus de deux ans, le relisant régulièrement. Et, durant ces relectures, je me suis mis à imaginer ... de l'or ... un trésor ... la fortune ... donc, du danger ... des embrouilles... J'étais prêt à écrire. Mais, bien sûr, je ne suis pas journaliste et je n'allais pas écrire ce que le journaliste de Libération avait fait avant moi ! Mon roman croise l'histoire du trésor avec une autre découverte, plus dangereuse encore, mais dans les deux cas, au fond, il s'agira toujours d'argent vite gagné. Mais qui dit « argent louche » dit aussi crapulerie, et parfois, meurtres. Pourtant, un polar n'est pas seulement le récit de ces meurtres. Mes assassins n'en sont pas moins des êtres humains. J'aime essayer de comprendre leur folie. Ce qui ne veut pas dire l'excuser, évidemment. Alors, je vous propose de partir pour la Corse. Une petite crique. Du soleil. Les vacances. Mais attention, la belle carte postale a son revers... |
| L'île aux chiens (Gallimard/Hors-piste) | |
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Comme souvent, un point de départ issu d’une lecture. Je lis dans la presse que des milliers d’enfants sont victimes d’enlèvements chaque année dans le monde, ce que je savais déjà, bien sûr. Mais je découvre que certains de ces enlèvements, non liés à la pédophilie, ont pour origine des motifs financiers, familiaux, religieux, etc… etc… Je découvre surtout que ces disparitions ont des « mobiles » ahurissants. Tout ceci mijote. Comme toujours. Je pense à tout ça. Essaie d’imaginer comment de tels événements peuvent arriver et pourquoi. Et comme la raison n’apporte pas de réponses et ne pourra jamais en apporter, l’imaginaire prend le relais et établit des scénarios. Mais je ne voulais pas m’emparer de ces « informations » pour construire un roman réaliste, à thème (!). Je voulais très exactement faire l’inverse. Partir d’une réalité pour écrire un roman de pure aventure, qui se passerait dans une région imaginaire (et le décor d’une île se prête très classiquement à l’aventure exotique !). Donc, une île au milieu de milliers d’autres, les tropiques, la mer et ses dangers, avec ses bateaux louches, et une énigme réunissant les personnages bouclés dans ce décor. C’était sans compter sur mes fantômes. Cette quête perpétuelle de la mémoire, que j’écris de livre en livre, mémoire sans laquelle on ne peut vivre libre, que ce soit une liberté physique ou mentale. Myrième, Songo, Gaja et Taruma sont certes embarqués dans une aventure exotique, avec ses menaces et ses dangers, mais ils vivent aussi une aventure intime en renouant avec leur passé. On retrouvera ici la puissance du sentiment amoureux qui unit les membres d’une famille. Cet amour si nécessaire et si fort existe aussi dans « Nous sommes tous tellement désolés » et dans « Là où dort le chien » (l’amour maternel et filial). Dans « L’île aux chiens », il s’agit surtout d’amour fraternel. Les lecteurs qui auront un peu d’imagination, s’apercevront vite que mes îles ne sont pas si imaginaires que ça et réussiront vite à les replacer sur une carte du monde, même si, évidemment, la fiction transforme la réalité. |
| Nous sommes tous tellement désolés (Éditions Thierry Magnier) | |
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Le point de départ de ce roman est un article paru dans Télérama, en mars 2005. Impossible d’en dire plus ici, sans dévoiler une partie de l’histoire, même si nous sommes dans une fiction et que tout, donc, est imaginé. Les lecteurs découvriront, à la fin du roman, ce que racontait Télérama.
Une fois de plus, donc, l’actualité me souffle le désir d’écrire un texte. Une fois de plus, mon roman est ancré dans la réalité de notre monde d’aujourd’hui. Je ne suis pas prêt d’abandonner cette source d’inspiration là, surtout quand tant de romans pour adolescents se réfugient dans le fantastique, dans des mondes merveilleux peuplés de magiciens, d’êtres et d’événements mirobolants extra-terrestres. Ces mondes, les lecteurs adolescents les retrouvent ensuite dans les jeux vidéo. A la télévision. Ils en discutent entre eux. Les rêvent. Les vivent mentalement. Certains s’y enferment. S’y emprisonnent, parfois, au point d’être déconnectés de la vie réelle. J’ai de plus en plus envie de les attirer hors de ces mondes artificiels et de leur faire découvrir (aussi) le monde réel. Celui dans lequel ils vivent.
Mais il n’y a pas que Télérama qui m’ait poussé à écrire ce roman. Je lis la presse. Tous ces avions qui décollent, renvoyant au delà de nos frontières ceux qui ont cherché à les franchir, parfois dans l’illégalité, me troublent. Certaines « reconduites à la frontière » se terminent en drame.
Enfin, une fois de plus je voulais raconter l’amour maternel, si fort parfois qu’il délivre une lumière presque mystique. J’écris « une fois de plus » car ce thème existe déjà dans mon roman « Là où dort le chien » (sous une forme différente, puisque la lumière, dans ce cas, est délivrée par l’humour de Mady, la maman).
En tout cas, j’aime beaucoup la citation d’André Schwarz-Bart qui ouvre mon roman (que j’ai eu l’occasion de rencontrer aux Antilles, avec son épouse Simone, sur l’ilet Brumant : un souvenir inoubliable que je conserve sous la forme de plusieurs photos où nous sommes rassemblés avec Robert Sabatier et quelques autres) : « Nos yeux reçoivent la lumière d’étoiles mortes ». Lisez et vous comprendrez la citation d’André Schwarz-Bart, extraite de son roman « Le Dernier des Justes ». Si je pouvais dédier mon livre à des étoiles mortes, je le dédierais aux deux Liliana : celle de la vraie vie et celle de mon roman. |
| Le ville de Marseille (Gallimard/Scripto) | |
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Tout d’abord, regardez la magnifique couverture que proposent les éditions Gallimard ! Un port d’Algérie et un bateau qui s’apprête à partir.
Le ville de Marseille était en effet un des bateaux qui ont ramené les pieds-noirs en France, en 1962.
Ce roman est lié à un autre, Un été algérien qui existe aussi chez Gallimard (Folio junior). Ces deux livres sont enfin rassemblés !
Lorsque j’ai écrit Un été algérien, j’avais le projet de faire raconter les mêmes événements par Salim et Paul, chacun donnant « sa version ».
Ma plume a choisi de commencer par Salim. Parvenu à la fin, j’ai décidé de « faire une pause ». Paul raconterait plus tard. Je devais « digérer »
ce roman
Un été algérien. Il avait consommé beaucoup de mon énergie et me laissait « à plat ». Il fallait que je recharge mes batteries
avant d’entendre Paul. Mais…mais
Un été algérien a eu tout de suite beaucoup de retentissement, beaucoup de prix et beaucoup de « succès », comme on dit !
Les mois passaient sans que je reprenne le travail. Et je me suis aperçu que je ne pouvais plus donner la parole à Paul…car j’étais certain
que des critiques imbéciles annonceraient que j’exploitais le filon du succès de
Un été algérien, ce que je n’aurais pas pu supporter, car ces romans liés à la guerre d’Algérie sont pour moi extrêmement précieux et importants.
Le temps s’est donc écoulé et chaque fois que Claude Gutman, qui avait publié
Un été algérien en 1990, me disait au téléphone « allez, écris puisque tu sais que tu le feras un jour, que c’est plus fort que toi !
Mets-toi au boulot en oubliant les critiques ! », je lui répondais « impossible, je refuse de lire que j’exploite un « filon ».
Comment veux-tu que j’écrive en songeant à ça ? »
Cette peur de lire de pareilles âneries me bloquait. Claude Gutman a alors eu une lumineuse idée. Quatre ans s’étaient écoulés,
quatre ans durant lesquels il me répétait « au travail !
Écris ce que tu as dans les tripes ! C’est plus important pour toi qu’un article idiot mettant en cause tes motivations ! ».
Claude Gutman m’a envoyé un contrat vierge. J’écrirais ce que je voulais, quand je le voudrais. Ni titre(enfin, si, un titre bidon,
que j’ai oublié), ni date de remise, ni rien. Une signature et un chèque.
Bien joué ! La poussée de la main du type qui vous expédie dans la piscine alors que vous crevez d’envie de plonger, que vous savez nager,
mais la peur vous annonce que la noyade vous attend.
J’avais signé un contrat. Ne rien écrire serait malhonnête. Je devenais un escroc ! Ma bonne éducation me serinait qu’on ne signe
pas d’engagement et ne reçoit pas d’argent si on ne donne rien en contrepartie.
Quelques jours plus tard, je commençais Le ville de Marseille. Évidemment, après toutes ces années, impossible de reprendre
le même Paul, la même histoire : elle était derrière moi. Mais, dans ce roman qui raconte l’attachement des pieds-noirs à leur pays,
le héros se nomme Paul et sa mère…Paula. Il s’agit évidemment d’un lien-clin d’œil avec le Paul de
Un été algérien.
Je conseille aux lecteurs de lire les deux titres, si possibles dans l’ordre :
Un été algérien (nous sommes en 1958, avec Salim), puis Le ville de Marseille (nous sommes en 1962, avec Paul, Paula, Fatma, Tahar et d’autres…). |
| Échec et rap (Nathan) | |
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Tout roman a son histoire. Celle d’Échec et rap commence par un fait divers, découpé dans un journal, il y a plusieurs années.
Mes romans policiers empruntent souvent aux faits divers et il faut que ceux-ci marinent longtemps dans mon cerveau
avant qu’ils se retrouvent (transposés et malmenés !) dans un manuscrit. Le temps, probablement, que je m’habitue à l’énormité
de ce que je viens de lire. Que je me dise « c’est impossible, ça ne peut pas arriver…mais c’est arrivé…mais si je l’écris
dans un roman, une fiction, alors je retombe dans l’imaginaire…ouf ! » Bref. Je lis donc dans ce journal comment un criminel a mijoté une vengeance durant un nombre incroyable d’années, puis un beau jour ( ?) sonne à la porte de sa victime. Une porte munie d’un œilleton. Je n’en écrirai pas davantage ici, mais c’est le point de départ de mon désir d’écrire Échec et rap. Dans le fait divers, l’assassin se trompe de cible !! Après tant d’années de haine accumulée, se tromper de cible, il y aurait de quoi mourir de rire, sauf que dans la vie réelle les assassins ne font mourir de rire personne et surtout pas leurs victimes. Les lectrices et les lecteurs qui me sont fidèles retrouveront ici, comme d’habitude, quelques uns des sentiers que j’arpente depuis toujours. Le passé qui ressurgit et n’apportera la paix que lorsqu’il est assumé. L’amour qu’il soit passionnel ou ordinaire. La bêtise à front de taureau contre laquelle lutter est si difficile. L’absurdité de la violence…. Bonne partie d’échecs à tous. En écoutant peut-être du rap ? |
| Adieu mes jolies (Syros) | |
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Adieu mes jolies est né en partie d’une lecture faite en 1996. Celle
d’Histoire d’os, roman de Donald Westlake qui raconte comment une bande de branquignols (les inénarrables Dortmunder et cie !)
se lance à la recherche d’une relique, le fémur de sainte Machin Truc(j’ai oublié son nom). Un polar délirant qui m’avait fait
hurler de rire(et ensuite me goinfrer des aventures de Dortmunder !). Après cette lecture, j’ai réalisé que la veine comique,
dans le polar « pour » adolescents n’existait pas. On ne plaisante pas avec les meurtres dans les livres de jeunesse, ou plutôt on ne
délire pas avec la mort, car la plaisanterie mon dieu à la rigueur pourquoi pas si elle reste bien élevée ! La « vision » du polar,
en jeunesse, est très cadenassée. Or, cette veine comique que j’aime beaucoup (il n’y a pas que Westlake, du côté du polar adulte…Qui ne connaît pas
Fantasia chez les ploucs, de Charles Williams, pour remonter à la Série Noire en 1957 !), je l’avais déjà explorée avec
Des crimes comme ci comme chats publié par Rageot en 1992. J’avais ensuite poussé le bouchon
un peu plus loin en 1996, avec
Pas de pourliche pour miss Blandiche, paru chez Gallimard. Cette fois, je voulais aller
jusqu’au délire « à la Westlake », un polar « déconnant », mais pas seulement. On meurt beaucoup dans
Adieu mes jolies et pour des raisons qui ne font pas toujours rire. On y retrouve aussi mes fantômes d’auteur. L’amour passion.
Les masques derrière lesquels mes héros s’abritent. Qui est qui ? Nous sommes qui ? Les apparences qui remplacent le réel.
L’absurdité d’un monde, qui ici se déglingue jusqu’à l’overdose. J’espère que le lecteur s’amusera autant que moi je me suis amusé en écrivant Adieu mes jolies, titre « emprunté » à Raymond Chandler. |
| Un été 58 (Thierry Magnier) | |
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«Un été 58» est un de mes plus précieux romans.
Il fait partie de ces quelques livres, quand je me retourne sur mon passé d’écriture, qui me rendent fier et heureux de mon travail.
Je sais que ce genre d’appréciation peut être taxée d’immodestie, mais j’assume avec tranquillité et bonheur cette immodestie là. |
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| Le silence des morts (Rivages/Noir) | |
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Je devais me séparer de Slimane Rahali, dit l’Arabe, après cinq romans vécus avec lui.
Ça me rendait malheureux, mais il le fallait, pour de multiples raisons. En voici quelques unes.
Slimane aime le vélo. Moi aussi. Le rhum La Maunie. Moi aussi. Le cinéma. Moi aussi.
L’Arabe a du mal à ne pas tomber amoureux de toutes les femmes qui l’approchent. Moi aussi.
Quand il s’est mis à jouer du saxo, moi qui ne connaît pas mes notes, je me suis senti soulagé.
Mais, à la fin du roman, j’ai acheté un saxo et pire, j’ai essayé d’en jouer. Il était vraiment
temps de prendre une décision, d’autant que Bogart, le chien, choisissait un destin embarrassant.
Au sixième volume, l’humanisme de Bogart risquait de devenir humiliant pour nous, les…humains !
A ce rythme là, le chien allait conduire le camping-car et l’Arabe, couché sur
la banquette-lit, aboierait à la mort.
Je filais un mauvais coton. |
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| Tu seras la risée du monde - Mais qu'est-ce qu'on va bien faire de toi? (La Martinière) | |
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Le désir de raconter mon enfance et mon adolescence m’a toujours poursuivi.
D’ailleurs, plusieurs de mes livres ont effleuré cette période de ma vie.
Peu à peu, de roman en roman, je m’approchais toujours plus près, esquivant quand même l’essentiel.
Dans « Retour à Ithaque », puis « Un été 58 », je franchissais déjà les frontières de l’autobiographie,
même si je trichais et me « planquais » beaucoup. Restait à faire le dernier pas. Le hasard a fait (bien) les choses.
Un jour, je raconte à un ami, Bernard Friot, mon désir d’écrire prochainement mes souvenirs d’enfance et d’adolescence.
Il m’écoute et…comme il venait de publier un livre aux éditions de la Martinière,
confie à l’éditrice le projet d’écriture que je lui avais livré (il a bien fait de trahir ce « secret » !).
Béatrice Decroix (que je ne connais pas) m’appelle, me propose d’écrire cette enfance pour elle,
pour une collection nouvelle qu’elle vient de créer (Confession), plutôt que de l’écrire plus tard pour un autre éditeur.
Je demande un mois de réflexion pour dire oui ou non. En fait, j’étais prêt. Cet appel téléphonique
tombait à point pour vaincre les peurs qui me retenaient. Ma réponse a été oui . Le fabuleux de l’histoire
est que j’ai refusé de dire à l’éditrice ce que j’écrirais, qu’elle a accepté ce silence.
Que j’ai exigé qu’on ne touche pas une virgule à ce texte. On me dirait « non, je n’en veux pas »,
mais si on me publiait, ce serait mon histoire, au mot près. Personne ne toucherait à mon enfance.
Béatrice Decroix a aussi accepté ces exigences de l’inconnu que j’étais pour elle.
Fabuleux et merci pour cette confiance. |
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La vie comme Elva (Thierry Magnier) |
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Le chômage, la pauvreté, les difficultés sociales sont des thèmes récurrents chez moi. Un de mes tous premiers livres,
« Tu vaux mieux que mon frère » abordait déjà ça. Tout au long de mes romans, pour adolescents ou adultes, on retrouve
cette angoisse de la pauvreté, de la misère, de l’emploi que l’on perd. Je n’ai pas oublié mes lectures de jeunesse,
qui m’ont si fortement marqué : Dickens, Malot, Steinbeck, Zola, Twain et tant d’autres. Je lis beaucoup la presse
(2 quotidiens chaque jour), écoute beaucoup les informations : cette société qui se craquèle et oublie au bord de
la route tant de personnes me rend malheureux. Et quel silence littéraire autour de ces drames
(en littérature adulte comme en jeunesse) : ne pas en parler, surtout à des adolescents. Ils ont bien le temps
de voir ! David, le héros de « Si tu savais Tobby », crie à sa manière qu’il n’en peut plus de ce silence,
comme si perdre sont travail était une honte. La double peine du chômeur : il perd son boulot et on le regarde de travers.
Il se tait. Et on le « tait », on l’oublie, une fois qu’il est sorti du cadre des infos de la journée.
J’en étais là, de mon envie de raconter cette lèpre sociale, avec « Si tu savais Tobby », quand je rencontre
une classe de 3è dans un tout petit collège de l’Ardèche. A la fin de l’entretien, une fille vient vers moi et, très violente,
me dit « vous les écrivains, ce que vous racontez ne m’intéresse pas. Toujours des histoires d’amour, du fantastique,
des trucs censés nous intéresser parce qu’on a 14 ans, qu’on est fille ou garçon, vous décidez ça tout seul,
mais vous ne parlez jamais du chômage, on a des parents, les miens ont perdu leur travail, vous croyez
que ça ne m’intéresse pas une histoire qui raconterait ça ? Je suis dedans, pas sur la lune » Elle était très agressive.
En repartant, au long des 500 km de voiture qui m’attendaient, j’ai repensé aux propos de cette fille.
Bien sûr, elle avait raison. Le licenciement, la grève, le combat social, le chômage,
bref ce qui fait hélas la vie de nombreux citoyens, tout ça apparaissait peu dans le roman pour adolescents,
ou alors en toile de fond, comme alibi à une histoire d’amour ou autre chose, mais jamais comme
le thème essentiel d’un roman. Je savais bien pourquoi. Trop risqué. J’en revenais aux clameurs
de ceux qui disent : pas pour des ados, ils ont le temps de voir et de toute manière, ça ne les intéresse pas.
Pourtant, certains travaillent à partir de 16 ans…et bientôt, avec la nouvelle loi sur l’apprentissage, à partir de 14 ans.
J’ai donc écrit « La vie comme Elva ». Une fiction. Trois mois après sa parution en librairie, l’usine de plastique
de la petite ville près de laquelle j’habite, licenciait son personnel et fermait. |
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| Là où dort le chien (Gallimard/Scripto) | |
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Ma fille, après avoir lu le livre, me dit aussitôt «papa, l’histoire se passe dans la maison de…..
Je l’ai reconnue dès les premières lignes»
Le livre est né d’abord de cette maison, appelée Mississipi dans le roman.
Chaque semaine, je passe plusieurs fois près de cette immense propriété, entourée de hauts murs, avec sa piscine,
son lac, ses bâtiments dispersés, son parc boisé…Elle est abandonnée. Les propriétaires sont partis. Du silence tout autour.
La forêt proche. J’appuie sur les pédales de mon vélo, mais ma tête imagine des récits qui redonnent vie à la maison.
Mais avant, il y avait eu cette chose curieuse, qui m’est arrivée à plusieurs reprises au cours de ces 25 ans d’écriture.
Un titre surgit à l’esprit et ne vous quitte plus, allez savoir pourquoi (ça a été le cas pour « Souviens-toi de Titus » par exemple).
Je suis en voiture quelque part dans les environs d’Angers, quand mes yeux captent, en traversant une petite ville,
l’enseigne d’une boutique : ici dort le chat. Aussitôt, s’écrit dans ma tête la phrase
là où dort le chien et je sais
qu’un jour, j’écrirai une histoire qui portera ce titre. J’ignore complètement ce que j’écrirai, mais je suis certain
qu’un de mes romans s’appellera ainsi.
Après…après vient cette attirance pour la maison devant laquelle pourtant, je passe depuis des années.
Cette maison sera celle de Là où dort le chien. Celle d’une autre vie. |
| Si tu savais Tobby (Nathan Poche) | |
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Le chômage et le silence qui l’entoure, comme s’il s’agissait d’une chose honteuse. Le manque d’argent.
Je ne fais là que reprendre un thème plus ou moins récurrent dans mes romans. Je vis en 2006 : comment
l’écrivain que je suis pourrait-il fermer ses yeux et se boucher les oreilles ? Mes émotions de citoyen
alimentent aussi mon imagination de romancier.
Le « déclic » ici est une conversation entendue dans un bureau d’un collège.
J’étais là, attendant mon tour de parler à la secrétaire et je surprends une conversation,
par la porte entrouverte. Une maman explique à la secrétaire d’intendance que son fils doit
acheter un livre demandé par le professeur de français. Cinquante francs (nous sommes avant l’euro).
Son mari est au chômage. Elle vient de perdre son travail. Elle propose, d’une voix de coupable,
de payer le livre en trois fois. J’ai eu le cœur au bord des lèvres. Je venais juste d’avoir entre
les mains un imprimé proposant aux classes de 4è un séjour au ski, pour la somme de 1300 francs.
David, le héros de « Si tu savais Tobby » est né dans ce bureau. |
| La chanson de Hannah (Nathan Poche) | |
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J’ai raconté dans le journal Libération ma visite du camp du Struthof quand j’avais dix ans.
A la fin du livre, l’éditeur a repris une partie de cet article.
Lorsque j’ai commencé à écrire des romans, j’ai su avec certitude que j’écrirais deux livres.
L’un se déroulerait pendant la guerre d’Algérie…en fait, il y en a eu deux (Un été algérien et Le ville de Marseille).
L’autre raconterait l’histoire d’un garçon juif de 10 ans.
En écrivant « La chanson de Hannah », je racontais à ma façon, à d’autres enfants, ce que le déporté du Struthof m’avait raconté.
J’étais un maillon de la mémoire et j’espère que certains lecteurs de ce roman le deviendront à leur tour. |